LA SAUVEGARDE : UNE QUESTION ACCABLANTE ! DE LA NÉCESSITÉ D’EN FINIR AVEC LE PATRIMOINE CONCEPTUEL ET DE RENOUER AVEC LE RÉEL

Photo : Vue depuis une terrasse d’une maison sur les hauteurs de la Casbah d’Alger © A.T.P, 2017

par Djaff ar LESBET
Architecte-DPLG-Sociologue

PROPOS LIMINAIRES

L’approche que nous proposons n’est pas celle d’un spécialiste d’Alger, il y en a tellement. Chacun a forgé
la sienne, mais aucun ne peut la saisir dans toute sa complexité. Il y a autant de descriptions, de définitions et
contributions sans suite que de bilans accessibles et non contestables, qui contentent les professionnels des légendes,
qu’il est difficile de donner un point de vue. Cette contribution est modestement celle d’un enfant qui est né “sans faire exprès” à la Casbah et y a grandi.

Le mode de vie algérois est souvent convoqué et évoqué hors contextes.

Durant la colonisation, la Casbah était une enclave urbaine, un réceptacle d’indigènes. Les pratiques sociales (mode de vie), qui en ont résulté, étaient l’ultime expression d’une somme d’actes de résistances passives. Nous étions tous contre :
• l’aliénation omniprésente, l’exclusion permanente ;
• l’oubli, la dépersonnalisation ;
• la « civilisation » forcée ;
• « le modèle dominant » ;
• « le mode de vie et les valeurs de l’autre ».

Évoquer la Casbah, aujourd’hui, c’est, aussi, faire une large place à une histoire revisitée, réadaptée aux circonstances. Au point que cela introduit une contradiction entre l’intérêt unanimement accordé au passé et le laisser-aller collectif de la situation présente. Durant toute la période coloniale, la Casbah était un quartier exotique pour « l’Autre » et un espace contre, pour nous. La (sur)densification des maisons était proportionnelle au dénuement de la majorité, plus qu’elle ne reflétait la citadinité algéroise. « L’art de vie », tant vanté
aujourd’hui, était véhiculé par une minorité « aisée ».
Depuis l’indépendance, la Casbah a perdu ses repères, sa solidarité (indispensable), sa mixité sociale ; elle est devenue un réceptacle à histoires, géré par les marchands d’indigence.
Le problème, ainsi posé, débouche sur les questions suivantes : […]