L’ENSEIGNEMENT DU DESSIN URBAIN DANS LES ÉCOLES D’ARCHITECTURE EN ALGÉRIE

dessin-urbain

Par FADILA KETTAF et SAMIRA GAÏD
Enseignantes chercheuses au département d’Architecture (USTO-MB)

E n Algérie, en l’absence de figures comme celles de l’urbaniste et du paysagiste2, c’est l’architecte qui est en charge d’entreprendre – seul – les projets d’urbanisme. Souvent issu des écoles ou départements d’architecture algériens, il dispose de peu de qualifications et de connaissances suffisantes pour concevoir un fragment de ville aux regards de la formation qui lui a été dispensée3 . Les enseignements ayant trait à la fabrique de la ville et à ses concepts sont en effet très peu prodigués. Nous avons toujours soutenu que « la fabrique urbaine, étant comprise comme un ensemble typo-morphologique régulé dans les divers arrangements de ses composantes bâties et non bâties, se doit d’être en bon équilibre du point de vue de sa silhouette, de l’aspect esthétique de son architecture et de la qualité visuelle de ses espaces publics » (Gaïd & Kettaf, 2009, p. 99). Nous voulons ici mettre en exergue la prégnance et la continuité de la vision fonctionnaliste dans l’aménagement urbain dans lequel les principes de composition et de forme urbaine, et donc de leur paradigme saisi au sens de la configuration de l’espace public, sont éludés dans l’enseignement de l’architecture. Il s’agit ici de percevoir et comprendre une carence évidente en matière d’enseignement de la dimension spatiale et esthétique de la ville et de constater l’inexistence d’une démarche de design urbain – entendu comme dessein et dessin.

ETAT DES LIEUX DE L’ENSEIGNEMENT DU  DESIGN URBAIN

La formation supérieure en Algérie a expérimenté une extraordinaire avancée pendant ces quarante dernières années. La démocratisation de l’université inhérente au projet social porté par l’Etat a permis à un grand nombre de jeunes d’accéder à l’université. Cependant, l’éducation de masse a très vite engendré des problèmes majeurs en termes de qualité d’enseignement. L’accroissement
inconsidéré du nombre d’étudiants en architecture, adossé à une formation pour le moins critique, a contribué au déclin de l’image de la profession4 . Former des centaines, voire des milliers d’architectes aptes à saisir la complexité de la ville et à concevoir un projet d’urbanisme à l’écoute des besoins de la société nécessite incontestablement des ressources humaines performantes et des moyens matériels suffisants, clé de voute d’un enseignement de qualité. Sauf que l’Algérie arrive de moins en moins à trouver et à déployer ces ressources pour former efficacement les architectes à ces tâches, particulièrement durant les deux dernières décennies…